A toi, jeune étudiant marocain venu faire ses études en France dans l’autre licence de ma filliale. A ce grand jeu de simulation de création d’entreprise en binômes mixtes, où le tirage au sort a voulu qu’on travaille ensemble pendant toute une semaine. A cette première matinée à faire ta connaissance, quand tu t’es mis à chanter Je te promets de Zaho. A toute cette semaine de jeu, à tous nos loupés qui nous faisaient rire comme des gosses, alors que d’autres s’arrachaient les cheveux sur leur production, leurs embauches, leur matière première, leur export, pour avoir une note correcte. Au Management Game auquel nous avons tous participé quelques semaines plus tard dans une école de commerce des Pays-Bas, voyage où certes cette fois-ci nous ne nous sommes pas retrouvés dans la même équipe, mais je garde le souvenir de toi, jouant au billard au bar de l’auberge de jeunesse en pyjama I love NY le soir, et danser debout sur le bar lors de la soirée étudiante du jeudi soir. A ton enthousiasme pour tout, ta classe internationale, en toute circonstance. Ce fut un réel plaisir de te connaître. J’ai un peu moins ri en revenant de l’hôpital en taxi à 4h du mat, pour ramener une copine de promo qui s’était évanouie pendant la soirée étudiante, embarquée par une ambulance sans aucune affaire sur elle. Mais tu étais là, à fumer ta clope en pyjama dans la neige, et tu m’as aidée à la ramener dans son lit. A tous ces moments agréables passés avec toi. A ces simulations d’entretiens d’embauche du mois suivant, où nous sommes passés en même temps, un samedi matin. Tu avais emprunté la voiture d’un copain pour venir, c’est donc tout naturellement que tu m’as proposé d’aller boire un chocolat chaud en ville avec toi. Encore un jour de neige. Je ne me rappelle pas t’avoir revu depuis, mais Mehdi, merci à toi d’être toi, de communiquer à tous ta soif de vivre, ton envie de croquer la vie.
A toi, jeune Flamand venu étudier dans ma promo de licence et que je n’ai vraiment remarqué que les dernières semaines du 1er semestre, peu de temps avant que tu repartes chez toi. A ta culture, ton intelligence hors normes, ton enthousiasme, ta popularité, ta gentillesse. A ta facilité de parler quatre langues couramment avec un déliceux accent et de m’avoir fait répéter “neuken in de keuken” juste pour rire. A toi qui travaille maintenant dans le même domaine que moi, dans une boîte d’Anvers avec qui ma boîte travaille. A toi Jelle, seul grand blond baraqué aux yeux bleus de tous les hommes qui ont fait battre mon coeur, et je peux t’assurer que c’est un exploit, même pour quelques semaines. Et au jour de ton départ où je t’ai fait coucou de loin pour que tu ne remarques pas mes yeux humides.
A toi que j’ai rencontré au retour de mon voyage de fin d’études, au début de mon stage de DUT, le 14 avril 2009. Tu étais un collègue, le plus gentil de tous. Tu étais grand, maigre, brun aux cheveux mi-longs, les cheveux devant les yeux. Tu blaguais sans arrêt sans le moindre rictus. Un humour complètement décalé qui a vite conquîs son auditoire. Tu m’aidais, sans jamais trop parler. Et je me suis vite rendue compte que j’aimais travailler avec toi, tout simplement. J’étais bien, sereine. Nos horaires étaient décalés. Je travaillais de 9 à 17 et toi tu fais des semaines de 6 à 13 et d’autres de 12 à 19, ce qui faisait que je t’attendais parfois impatiemment. Malheureusement, je suis un peu cruche quand je suis troublée, et je me souviens de cette fois, où stressée qu’on se retrouve seul à seul, avec les battements de coeur dans mon oreille et le bruit de la clim dans l’entrepôt, je n’ai pas saisi ce que tu me disais. Et je pense que je suis passée pour une abominable débile. Tu m’as dit “tu finis à quelle heure ?”, et moi je t’ai montré mon poignet sans montre en disant “je sais pas”… C’était tellement navrant que ça me donnait des envies de me taper la tête contre les murs. A la fin de mon stage, tu as insisté pour lire mon rapport. Tu as été touché que je te cite dans les remerciements. Et lors de ma dernière journée, tu m’as vue avoir les yeux humides. Tu m’as proposé l’aide de ta mère pour trouver du boulot dans mon domaine, mais je voulais continuer mes études, alors nos échanges par SMS se sont arrêtés là. Nous n’avons plus jamais eu aucun contact. Je suis revenue vous voir un jour, et j’ai appris que tu avais fait ce que je t’avais conseillé: tu avais quitté ton boulot pour reprendre tes études. Je suis contente que tu l’aies fait, tu méritais beaucoup mieux. A toi Adrien, qui m’a apporté un peu de légèreté pendant une période où j’en avais besoin.
A toi que j’ai rencontré en septembre 2007, à l’aube de ma nouvelle vie, quelques mois après mon échec sentimental le plus lamentable. De retour dans ma ville d’origine, j’ai décidé de reprendre ma vie en main, et de me trouver de nouveaux projets, pour arrêter de toujours vivre pour quelqu’un d’autre que moi. J’ai alors entrepris de nouvelles études, j’ai tout recommencé, dans une fillière qui ne m’avait jamais attirée auparavant, une fillière d’hommes: le transport. Je suis arrivée dans une promo dont la moyenne d’âge frôlait les 18 ans, alors que j’en avais 20. L’air de rien, la différence d’âge se ressentait beaucoup. Et puis très vite tu m’as tapé dans l’oeil, toi, le désinvolte, brun aux cheveux mi-longs, toujours seul, toujours en retard, toujours affalé sur ta table, les yeux fermés. J’avais l’impression que tu étais tombé là par hasard, un peu perdu. Je ne pense pas avoir mis plus de 30 minutes le jour de la rentrée pour te repérer. Je scrutais la promo, pressée de voir de quels spécimen j’étais susceptible de tomber amoureuse (je me connais tellement bien…). Tu faisais partie de mes trois préférés, mais tu étais de loin le premier. Les semaines ont passé, je n’ai jamais trop osé te parler, par manque d’occasions. Discrètement, j’essayais de demander par-ci par-là qui te connaisait d’avant, ou pas. Plusieurs fois on m’a mis en garde: “je connais son ex, il paraît qu’il l’a mordue à sang, c’est un fou ce mec”, “méfie-toi de lui, il paraît qu’il a déjà tabassé des nanas”. Je trouvais ça insensé. Tu avais un visage tellement angélique, un tempérament tellement calme. Tu étais presque le plus jeune de la promo, mais je trouvais que ton regard en disait long, plus long que la plupart des gens. Et le jour où Eric a commencé les travaux chez moi, je me souviens que tu es arrivé en cours avec un oeil au beurre noir, ce qui m’a déçue de toi, mais qui m’a aussi certainement un peu poussé vers lui. Ce n’est que deux mois plus tard que tout a changé entre nous. Un jour de décembre, nous attendions tous dans l’amphithéâtre, et le prof n’arrivait pas. Nous avons attendu 10 minutes, 20 minutes, 30 minutes, et tout le monde nous disait d’attendre encore. Pendant ce temps-là, nous avons entamé une conversation, avec mes copines et tes potes. Tout de suite le courant est bien passé entre nous. J’ai aimé ton esprit, ton humour. Très vite, on est venu nous prévenir que notre prof avait eu un accident vasculaire à Besançon, sa ville, dans sa voiture, en venant nous retrouver. Choqués d’apprendre la nouvelle, nous avons encore parlé avant de rentrer chez nous. Perturbée par cette rencontre, le soir j’ai demandé ton adresse MSN à une copine. Et ce qui devait arriver arriva, nous avons parlé jusqu’à 3h du matin, tous les jours, pendant des semaines. Tu as été d’une douceur incroyable. Tu m’as raconté ta vie, même les moments les plus difficiles, comme la mort de ton frère l’année précédente. Je t’ai parlé de ma vie sentimentale et de tout le reste. J’ai joué cartes sur table et t’ai dit clairement ce que j’avais entendu sur toi. Tu m’as donné ta version, je t’ai cru sans problème. Mais ce que je n’ai pas compris, c’est que malgré cette proximité apparente, en cours tu m’ignorais. Tu ne me disais pas bonjour le matin, pas de bise, juste des regards en coin, des regards en cours. Tous les jours je te surprenais en train de me fixer en cours, la tête dans les nuages. Je n’ai pas compris pourquoi tu faisais ça alors que tu te précipitais sur ton ordinateur pour me parler le soir. Et puis peu à peu tu es devenu méchant. Ca a commencé par une banale battle d’insultes désuètes sur MSN, et puis tu as décidé de me garder “sale catin” comme surnom. J’ai eu le droit à ça presque tous les jours devant tout le monde en cours. Notre relation est devenue un échange parmanent de vannes méchantes, auquel je refusais parfois de participer, l’air triste que notre relation soit réduite à ça. Tu étais encore plus énervé quand je ne voulais pas te répondre. Et bizarrement, pendant les soirées étudiantes, avec un verre dans le nez tu redevenais le gentil Robin que j’avais rencontré, et même pire, tu me draguais, tu me collais, tu venais t’incruster à chaque fois qu’un homme m’approchait. J’ai voulu croire que l’alcool révélait ta vraie nature, mais je n’avais pas envie qu’un homme soit imbibé d’alcool pour s’intéresser à moi, alors je restais froide et distante, vexée que tu aies besoin de ça. Cette relation a duré près de 2 ans avant qu’un jour, dans un car qui nous menait en voyage de fin d’études, les copains ayant tout fait pour qu’on se retrouve l’un à côté de l’autre, tu m’as donné une multitude de coups de coude pour m’empêcher de m’assoupir, toute la nuit. Tu étais content de montrer à tes copains que tu me maltraitais, tu étais surexcité à l’idée de m’empêcher de dormir, et moi, j’avais atrocement mal mais je ne voulais pas faire de scandale. Alors je t’ai ignoré et j’ai attendu que tu en aies marre. Au petit matin, tu as profité d’une pause-pipi pour changer de place, sans rien dire, et le reste du séjour a été plutôt tendu entre nous. Mes copines et tes potes ont pu apercevoir un hématome tout noir de 10 centimètres sur mon bras, m’empêchant de dormir de ce côté là. Ils ont tenté de lancer la polémique, de te lancer la pierre, mais j’ai étouffé l’affaire. A notre retour, j’ai tenté d’avoir une explication par écrit. Tu m’as envoyé violemment sur les roses. Et tu as tout détruit au moment où tu m’as dit “si tu n’avais pas autant de graisse dans le bras ça ne se serait pas vu”. Ca m’a inspiré un dégoût sans borne pour toi. On s’est insulté comme jamais, tu m’écrivais en pleine nuit “d’aller cramer en enfer”. Nous avons coupé les ponts pendant plusieurs mois mais notre relation s’en est trouvé changée pour les 2 années à venir. La semaine suivante, j’ai commencé mon stage, et j’y ai rencontré Adrien. Nous avons passé une année supplémentaire dans le même IUT toi et moi sans jamais s’y adresser la parole, s’ignorant même dans les couloirs, et tout était parfaitement normal. Ca ne m’a pas empêcher d’espérer encore un peu, mais entre temps tu as rencontré quelqu’un à une soirée de ta promo, et nous, nous n’arrivions plus à nous parler. Il y avait quelque chose de cassé entre nous. Nous pouvions nous parler à peu près normalement sur MSN, mais le dernier jour de cour, nous nous sommes heurtés de plein fouet, moi sortant des toilettes et toi y entrant, en même temps, et nous ne nous sommes même pas excusés, même pas parlé, même pas regardés. Je sais juste que je te suis rentrée dedans. C’est étrange. C’était le vendredi 19 mars 2010 et trois jours après j’allais rencontrer quelqu’un qui allait changer ma vie. Encore. Aujourd’hui nous sommes toujours en contact, nous nous voyons une fois par an, tu te confies à moi (ce que tu ne faisais plus depuis très longtemps), tu me parles de ta relation qui vient de s’achever, tu demandes à me voir, me dis que je suis la personne la plus intelligente que tu connaisses. Mais je ne suis plus dupe… Cette fille t’a fait du bien, c’est évident, tu as changé. Mais je ne fais visiblement pas partie des filles qui peuvent te rendre meilleur.
Come along and show me something that I never knew in your eyes.
Red Hot Chili Peppers, dans Hey